J’exploite un code binaire et obsessionnel : le tissage.
Une grammaire élémentaire, apprise sur métier à tisser pendant mes études, à l’échelle du fil. Un alphabet restreint, rassurant, à la fois neutre et structurant, qui ouvre pourtant vers une infinité de combinaisons. À cette logique, je m’aperçois rapidement que s’ajoute une dimension rythmique, presque musicale : la répétition des gestes, l’alternance des fils, les séquences qui se rejouent composent une forme de partition, faite de motifs, de variations et d’écarts.
Pendant les premières années de ma pratique, j’inscris cette démarche dans le champ du design textile, en concevant des surfaces destinées à être activées par d’autres (architectes, stylistes, designers ou artistes), qui en déterminent l’usage, la forme et le contexte.
Mais, progressivement et volontairement, naissent des formes autonomes qui ne dépendent plus d’une interprétation extérieure pour exister. Cette recherche sculpturale se développe, dans un premier temps, de manière latente, comme une pratique de l’ombre se structurant au gré des différentes opportunités d’exposition.
Parmi elles, l’invitation à l’Espace de l’Art Concret en 2024 agit comme un révélateur : mes formes acquièrent une présence propre, à même d’entrer en dialogue avec d’autres œuvres. Cette mise en lumière opère une mise en tension : entre apparition et présence floue.
C’est dans cet entre-deux que mon travail s’oriente désormais : puissance assumée du décoratif et sobriété active ; présences tranquilles et visibles, sans confrontation forcée.
Mes pièces se structurent souvent autour d’un axe vertical, stable, affirmé. Mais cette présence se trouble à mesure que le regard s’en approche : les contours se délitent, les lisières s’estompent, les formes, en leur périphérie, se dissolvent, accueillant des contextes multiples de façon capillaire.

I work with a binary, obsessive code: weaving.
A basic grammar, learnt on a loom during my studies, at the level of the thread. A limited, reassuring alphabet, at once neutral and structuring, which nevertheless opens up an infinite number of combinations. I quickly realise that this logic is complemented by a rhythmic, almost musical dimension: the repetition of gestures, the alternation of threads, and the sequences that play out again and again compose a kind of score, made up of motifs, variations and deviations.
During the early years of my practice, I situated this approach within the field of textile design, creating surfaces intended to be brought to life by others (architects, fashion designers, designers or artists), who determine their use, form and context.
However, gradually and deliberately, autonomous forms began to emerge that no longer depended on an external interpretation to exist. This sculptural exploration initially developed in a latent manner, as a practice operating behind the scenes, taking shape as various exhibition opportunities arose.
Among these, the invitation to the Espace de l’Art Concret in 2024 serves as a revelation: my forms take on a presence of their own, capable of entering into dialogue with other works. This spotlight creates a tension: between appearance and a blurred presence.
It is in this in-between space that my work now finds its direction: the self-assured power of the decorative and active restraint; tranquil and visible presences, without forced confrontation.​​​​​​​
My pieces are often structured around a vertical, stable, assertive axis. But this presence becomes blurred as the viewer draws nearer: the contours break down, the edges fade, and the forms, at their periphery, dissolve, absorbing multiple contexts in a capillary-like manner.